« En France, nous dépensons deux fois plus d’énergie pour l’éclairage public par habitant que nos voisins d’Allemagne », a déclaré sur le site de Meudon de l’Observatoire de Paris la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet à l’ouverture de la soirée consacrée à la pollution lumineuse et aux possibilités de la maîtriser. « Cet écart est frappant », a-t-elle ajouté en y voyant une source d’économie potentielle. Le brouillard brillant dont s’entoure de plus en plus l’humanité ronge le noir de la nuit et la prive du spectacle des étoiles. En outre, la nuisance de cette illumination nocturne artificielle perturbe aussi les écosystèmes, la faune, la flore, voire la santé humaine. Elle représente enfin un gaspillage d’énergie considérable. D’où l’idée de « créer un nouveau chapitre du code de l’environnement destiné à limiter le sur-éclairage ». Cet « aboutissement d’un long combat » nécessite de « sensibiliser les élus et le public » à un enjeu « encore mal connu ». « Nous ne voulons pas supprimer la lumière mais l’utiliser de manière raisonnée au mieux et au plus juste », a indiqué la secrétaire d’Etat.
Tour d’horizon scientifique
Madame Kosciusko-Morizet avait été accueillie dans le hall Uranie du château historique sous la grande coupole du site de Meudon par Hervé Marseille, maire de la ville, et Daniel Egret, président de l’Observatoire de Paris. Une série de présentations scientifiques a, ensuite, étayé le propos et détaillé les incidences de cette forme de pollution pour les activités astronomiques, la gestion de l’énergie, la vie des animaux et des plantes ainsi que la santé humaine.
Dans son allocution, Daniel Egret, pour sa part, a présenté l’Observatoire de Paris comme le plus grand établissement français de recherche en astronomie. Les équipes y exploitent les données des télescopes spatiaux et des instruments situés sur d’autres continents, sous des cieux de qualité extrême. Les chercheurs se sont saisis très tôt de la question de la pollution lumineuse afin de la promouvoir. Le président Daniel Egret a également rappelé que le développement durable est au cœur de la politique de « campus responsable ».
Jean-Paul Zahn et François Colas, astrophysiciens à l’Observatoire de Paris, ont témoigné de leur expérience d’observateurs professionnels et de la dégradation rapide de la qualité du ciel autour des métropoles ces dernières décennies. En 2009, ils profiteront de l’Année Mondiale de l’Astronomie pour interpeller le public sur le sujet. Ils militent en faveur d’une réserve de ciel noir protégé autour de l’observatoire du Pic-du-Midi, dans les Pyrénées.
La tête dans les étoiles
Puis, l’assemblée s’est répartie en groupes afin de sortir visiter les coupoles du télescope de 1 mètre de diamètre et de la table équatoriale avec son télescope de 60 centimètres. Les caméras se sont plues à filmer la secrétaire d’Etat près de l’un de ces instruments pittoresques encore utilisés pour la qualification d’expériences et la formation d’étudiants de master. Chaque groupe était guidé par un astronome de l’Observatoire.
Lumières de la ville
La pollution lumineuse a pu être observée sans difficulté plus bas, sur la terrasse qui entoure la statue de Jules Janssen (1824 – 1907) père fondateur de l’observatoire de Meudon. Le balayage circulaire du pinceau lumineux de la tour Eiffel sautait aux yeux, tel un phare, au milieu de la vue panoramique sur les mille feux de la capitale. Les représentants des associations d’astronomes amateurs et de protection du ciel nocturne ont commenté.
Agapes bio…
La soirée s’est achevée de manière informelle à l’Orangerie de la ville de Meudon par des causeries devant des panneaux sur les différents aspects de la pollution lumineuse.
… et Jupiter surprise au dessert !
Rebondissement, enfin : alors que les dieux de la météo semblaient s’être joués de la soirée… une brusque trouée s’est dessinée dans les nuages. L’œil à l’oculaire de télescopes mobiles postés à l’extérieur par les amateurs passionnés de la Société astronomique de France et de l’Association française d’astronomie, la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet a ainsi pu apercevoir Jupiter et deux de ses satellites. Il y a près de 400 ans, Galilée faisait (presque) la même observation. Un événement qui a profondément modifié notre vision de l’Univers.








